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El Hoceima, l’avatar d’un système socio-économique en danger.

Depuis près de 8 mois des manifestations ébranlent le Rif et progressivement le reste du pays. Mais El Hoceima est-elle un cas unique, un problème local à régler, ou un mal qui ronge tout le pays ?

Une étude dans "Economie-Entreprises" sur la province d’El Hoceima nous éclaire dans cette analyse, en identifiant les 4 grandes crises qui ont précipité l’écroulement économique de cette ville :
1- Une crise environnementale due à une mauvaise gestion des ressources halieutiques de la région qui a fini par anéantir l'industrie du poisson historiquement implantée dans la région,
2- Une crise agricole avec la réduction des cultures du kif (-70% en 10 ans) sans la mise en œuvre d’alternatives,
3- Une crise administrative avec la perte de 2 000 fonctionnaires lorsque le siège de la nouvelle région a été transféré à Tanger,
4- Une crise commerciale due à un enclavement qui augmente les prix des produits de bases, et que les chicaneries entre partis politiques ne font que perdurer

Maintenant où en sommes-nous dans le reste du pays ? Et surtout que pouvons-nous faire ?

En réalité, le Maroc est déjà en crise écologique. En effet, le Maroc est un pays semi-aride à aride dont toutes les régions, à l’exception de celle de Tanger-Tétouan, connaissent un déficit structurel en eau. Pourtant nous avons fait, et continuons de faire, le choix de produire des cultures fortement consommatrices en eau (orange, tomates, etc.), puisant sans limite dans notre nappe phréatique.

L'agriculture, grâce au Plan Maroc Vert, a connu une forte mécanisation et une amélioration des rendements. En revanche, qui dit l’usage d’une machine veut aussi dire moins d’emplois… pour quelles alternatives offertes aux populations rurales ? Quand on sait que l’agriculture représente 40% de l’emploi et 15% du PIB, on voit donc vite le parallèle avec la situation d’El Hoceima.  

Maintenant il n’est pas trop tard ! La chaine de valeurs agricoles et le monde rural à eux seuls regorgent encore d’opportunité. La politique des barrages collinaires aidera, mais elle doit être complétée par l’introduction de nouvelles cultures faiblement consommatrices en eau. Il est aussi impératif de créer plus de valeur ajoutée autour de ces cultures en faisant de la micro-industrialisation dans les campagnes pour créer plus de richesses par m3 d’eau, créer de nouveaux emplois et, pourquoi pas, commencer à facturer l’eau à l’agriculture à un prix plus cohérent avec sa valeur pour éviter son gaspillage. Il serait aussi important d’orienter une partie du Fond de Développement Agricole vers la formation professionnelle et l’innovation, notamment autour de l’agriculture durable, pour renforcer l’employabilité des agriculteurs. Le potentiel ici est énorme surtout si l’on considère que le ratio de notre agriculture par rapport à notre agro-industrie est aujourd’hui de 3 :1 quand nous devrions être, avec une vraie industrie, à un ratio de 1 :2.

En revanche, si ces actions permettent de réduire les impacts négatifs, elles ne peuvent pas vraiment répondre complétement à la situation. On le voit, créer un emploi est de plus en plus coûteux alors que nous avons un déficit de plusieurs millions d’emplois. Il est donc impératif de revoir en profondeur notre modèle socio-économique si nous voulons continuer à créer de la valeur et assurer une répartition juste de cette dernière pour un Maroc stable et prospère dans le temps.